5 exercices créatifs pour s’entraîner à la pensée visuelle… et à la créativité !
- judufaux9
- 18 févr.
- 6 min de lecture
La pensée visuelle permet de clarifier des idées complexes et même de structurer une réflexion collective au sein d’un groupe. Contrairement à une idée reçue, elle ne repose pas sur des compétences artistiques avancées. Elle s’appuie avant tout sur la capacité à représenter visuellement des idées, des relations, des processus… de manière simple et accessible.
S’entraîner à la pensée visuelle revient à développer un regard différent sur l’information. Il s’agit d’apprendre à synthétiser et à traduire une réflexion sous une forme visuelle compréhensible par le public. Cette compétence se cultive par la pratique régulière et les exercices créatifs constituent un excellent point d’entrée pour développer cette approche. Ils permettent de dépasser les blocages liés au dessin, d’explorer de nouvelles manières de penser et de renforcer la confiance dans l’usage du visuel. Voici sept exercices pour s’entraîner à la pensée visuelle, utilisables aussi bien en individuel qu’en collectif.
Exercice 1 - Les squiggle birds, ou scraboutchas


Le principe des squiggle birds (que j’appelais des scraboutchas lorsque j’étais petite) est simple : Il s’agit de tracer des lignes aléatoires (des scraboutchas 😉 ), sans intention précise, puis de les observer afin d’y faire émerger des formes reconnaissables… un oiseau par exemple auquel on ajouterais un œil, un bec, des pattes.
Cet exercice invite à lâcher le contrôle et à accepter l’imprévu. Les traits initiaux ne cherchent pas à représenter quelque chose de précis. C’est l’observation qui permet ensuite d’identifier des formes, souvent des personnages ou des animaux, et de les compléter. Cet exercice montre que la créativité ne vient pas uniquement d’une idée claire dès le départ, mais aussi de la capacité à interpréter ce qui existe déjà. Cet exercice est particulièrement utile pour dépasser la peur de la page blanche et pour s’entraîner à transformer l’aléatoire en ressource créative.
Fun fact : Cet exercice montre aussi une autre chose fascinante sur notre perception : notre cerveau est littéralement câblé pour reconnaître des formes familières, en particulier des visages ou des silhouettes, même quand elles ne sont pas vraiment là. Ce phénomène, appelé paréidolie, est une tendance cognitive très répandue qui nous pousse à détecter des formes significatives — visages, animaux, personnages — dans des motifs aléatoires ou ambiguës. Par exemple, on voit souvent des visages dans les nuages, dans des taches d’encre, ou encore dans des objets du quotidien comme une prise murale ou un morceau de pain : ce n’est pas que l’image contient réellement un visage, mais notre cerveau reconnaît cette forme parce qu’il est programmé pour repérer des traits familiers dans notre environnement, un mécanisme qui a probablement des racines évolutives liées à la survie et à la socialisation.
Exercice 2 - Détourner l’utilisation d’un objet
Cet exercice est finalement une autre application du phénomène de paréidolie : il consiste à choisir un objet du quotidien et à lui imaginer des usages différents de sa fonction habituelle, sans se limiter aux contraintes réelles de l’objet.
Cet exercice stimule la pensée divergente. Il invite à questionner les évidences, à sortir des cadres établis et à explorer des possibilités inattendues. Le dessin devient ici un support d’exploration, permettant de matérialiser des idées parfois surprenantes.
En pensée visuelle, cet exercice aide à développer la souplesse mentale. Il montre que la représentation graphique peut servir à ouvrir le champ des possibles et à envisager des solutions innovantes.

Un grand maître de ce type de détournement, à mes yeux, est Christoph Nieman : dans ses “Sunday Sketches”, il prend des objets du quotidien (une moitié de pomme, un stylo, des pinces…) et les intègre dans un dessin de manière subtile, les transformant en visages, animaux, scènes humoristiques… un peu comme lorsqu’on voit un visage dans un nuage ou un rocher https://www.christophniemann.com/overview/works/
Exercice 3 - Dessiner un processus
Rendre un processus visuel, c’est le représenter graphiquement en une suite d’actions, de décisions, d’interactions, d’étapes... Un exemple que j’aime présenter en formation est celui de la préparation d’un toast, rendu célèbre par une conférence internationale consacrée à la résolution de problèmes complexes : https://www.ted.com/talks/tom_wujec_got_a_wicked_problem_first_tell_me_how_you_make_toast
Ce type d’exercice met en évidence la diversité des représentations mentales. Une même action peut être perçue et décrite de manières très différentes selon les personnes. En dessinant un processus, il devient possible de comparer ces visions, d’identifier les implicites et de rendre visibles des étapes souvent négligées.
Cet exercice est particulièrement pertinent en contexte collectif. Il permet de révéler des écarts de compréhension, de clarifier des fonctionnements et d’améliorer la coordination au sein d’une équipe… et surtout il démontre que les modèles créés collectivement, par un groupe, une équipe, sont souvent plus compréhensibles, plus clairs que le résultat d’une réflexion individuelle.

Exercice 4 - Croiser deux concepts dans une grille

Croiser deux concepts dans une grille consiste à choisir deux axes sur lesquels sont représentées différentes idées, critères, images ou concepts. Chaque case devient alors un terrain d’exploration graphique où ces deux dimensions se rencontrent, se frottent, se complètent ou parfois se contredisent.
Cet exercice nous invite à sortir de la représentation simpliste de « la bonne idée » symbolisée par l’ampoule 💡. La créativité ne surgit pas hors sol : elle naît d’un contexte, d’une contrainte, d’un point de vue. En croisant des paramètres, on ne cherche pas l’idée brillante en soi, mais l’idée située, mise en tension, tordue par un cadre précis. C’est justement dans ces frictions que le sens s’enrichit.
La grille favorise à la fois l’analyse et l’imagination. En visualisant les combinaisons possibles, on repère des opportunités, des contrastes, des zones inattendues, parfois même des pistes que l’on n’aurait jamais envisagées spontanément.
Exercice 5 – Codenames Images : relier par associations visuelles

Vous connaissez certainement l’excellent jeu Codenames, mais connaissez-vous la déclinaison Codenames Images ? Le principe reste similaire : une grille est posée sur la table, mais au lieu de mots, ce sont des images qui doivent être reliées entre elles à l’aide d’un seul indice. L’enjeu consiste à trouver un mot capable de faire le lien entre plusieurs visuels, tout en évitant ceux de l’équipe adverse.
Transposé en pensée visuelle, l’exercice devient un formidable terrain d’entraînement à l’association d’idées. Il ne s’agit plus seulement de voir ce qu’une image représente littéralement, mais d’explorer ce qu’elle évoque : une métaphore, une émotion, une fonction, un contexte culturel… Une montgolfière peut évoquer le voyage, la légèreté, l’air, l’enfance ou l’élévation. L’image devient polysémique, et c’est précisément cette richesse qui nourrit la créativité.
Cet exercice développe la capacité à créer des ponts entre des éléments hétérogènes. Il oblige à clarifier son intention (quel mot pourrait relier ces trois images ?) tout en anticipant la lecture des autres. En contexte collectif, il révèle la diversité des associations mentales et met en lumière à quel point nous ne voyons jamais exactement la même chose.
En pensée visuelle, Codenames Images montre que le sens ne réside pas uniquement dans le dessin lui-même, mais dans le réseau de relations qu’il active. Apprendre à jouer avec ces réseaux, à formuler des indices pertinents et à interpréter ceux des autres, c’est apprendre à naviguer dans la complexité des représentations… et à transformer des images isolées en système cohérent.
Intégrer ces exercices dans une démarche professionnelle
En contexte professionnel vous pourriez trouver une place à ces exercices dans le cadre d’un atelier, d’une formation ou d’un temps de réflexion collective. Ils peuvent servir d’échauffement créatif, d’outil d’exploration stratégique ou de support pour questionner des pratiques existantes.
L’essentiel est de créer un cadre sécurisant, où l’expérimentation est encouragée et où la performance graphique n’est jamais l’objectif. Il ne s’agit pas de “bien dessiner”, mais de penser autrement. La pensée visuelle se nourrit de la pratique régulière, du droit à l’essai, et du plaisir de chercher.
Mais surtout, la véritable valeur de ces exercices réside dans le temps de débrief collectif qui les suit. C’est à ce moment-là que l’on prend du recul : Qu’avons-nous appris sur notre manière de penser ? Quelles différences d’interprétation ont émergé ? Quels biais, quelles évidences, quelles surprises se sont révélés ? En mettant en mots les grandes leçons issues de l’exercice, le groupe transforme une activité créative en apprentissage partagé.
En s’entraînant à représenter des idées, des processus et des interactions, les équipes développent ainsi des compétences transversales précieuses pour la communication, la collaboration et la résolution de problèmes. Et grâce au débrief, ces compétences ne restent pas implicites : elles deviennent conscientes, discutées et réutilisables dans le quotidien professionnel.
Visual Garden

Visual Garden accompagne les organisations et les collectifs dans le développement de la pensée visuelle à travers des ateliers, des formations et des accompagnements sur mesure. En s’appuyant sur des exercices créatifs et des démarches structurées, Visual Garden aide à renforcer la capacité à penser ensemble, à clarifier les idées et à transformer les échanges en actions concrètes et partagées.



Commentaires